| Turquie : Ankara réagit prudemment face aux gains kurdes en Irak |
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14 février 2005
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ANKARA (AFP) - La Turquie a prudemment réagi aux résultats des élections en Irak, qui ont pour la première fois de l’histoire de ce pays placé les Kurdes en position de force, mais la situation de la ville pétrolifère et multiethnique de Kirkouk continue de susciter des inquiétudes à Ankara.
Dans une première réaction dimanche après que les résultats du scrutin aient été rendus public, le ministère turc des Affaires étrangères a estimé qu’ils ne traduisent pas une juste représentation des différents groupes ethniques et religieux du pays et a réclamé des mesures de rééquilibrage.
La réaction du ministère semblait ciblée davantage sur Kirkouk, dans le nord du pays, que sur les résultats globaux en Irak où les Kurdes devraient désormais avoir une position "clé" dans la formation du futur gouvernement.
La Turquie est irritée du fait que des dizaines de milliers de Kurdes importés à Kirkouk aient pu voter lors de ces élections, ce qui a changé l’équilibre des forces en leur faveur. Ainsi, la liste formée par les deux principales formations kurdes, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et l’Union démocratique du Kurdistan (UPK), a obtenu 58,4% des voix pour le conseil de la province de Taamim, dont Kirkouk est le chef-lieu, selon les chiffres officiels.
La hantise d’Ankara est que Kirkouk soit rattachée aux provinces kurdes et devienne, à terme, la riche capitale d’un futur Etat indépendant que beaucoup de Kurdes souhaitent créer dans cette région aux portes de la Turquie. Celle-ci, qui compte une forte minorité de Kurdes dans le sud-est du pays frontalier avec l’Irak, a très difficilement étouffé une rébellion armée kurde qui a coûté la vie à plus de 37.000 personnes entre 1984 et 1999. Des combats sporadiques se poursuivent encore entre séparatistes et armée et la création d’une telle entité indépendante pourrait raviver les aspirations autonomistes des Kurdes de Turquie, selon les autorités.
Kirkouk a aussi une signification des plus symboliques pour les Turcs et rappelle, pour les milieux nationalistes, des souvenirs de la gloire ottomane. Mossoul et Kirkouk furent cédés en 1926 à la Grande-Bretagne par la jeune République de Turquie qui remplaça l’Empire ottoman et qui tentait à cette époque de venir à bout d’une des plus grandes insurrections kurdes, qui avait suivi la proclamation de la république en 1923. La Turquie défend les droits des turcomans (turcophones) dans cette ville devenue une poudrière en raison des conflits entre ethnies.
Le Front turcoman d’Irak a obtenu la deuxième position avec 16% des voix. En dépit de certains appels émanant des milieux ultra-nationalistes réclamant une intervention militaire turque à Kirkouk, la puissante armée et le gouvernement turcs se sont prudemment gardés d’évoquer une telle éventualité qui entrainerait une confrontation avec les Etats-Unis. Récemment, le chef de la diplomatie Abdullah Gul a souligné que son pays n’avait aucune ambition territoriale sur l’Irak.
Ankara, qui a dénoncé des fraudes électorales à Kirkouk, a appelé à son allié américain de l’Otan à intervenir, mais sans succès. Le sujet a été évoqué lors d’une visite de la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice, qui a tenté de rassurer ses interlocuteurs sur la sauvegarde de l’intégrité territoriale de l’Irak. Mais Ankara pourrait être amené à accepter ces résultats, arrêter de soutenir les Turcomans, et penser à un tableau plus vaste en Irak, comprenant toutes les ethnies, a commenté le politologue Dogu Ergil.
"Pourquoi ne pas entamer maintenant un dialogue (avec les Kurdes) qui garantirait le partage équitable des ressources naturelles de la zone", a-t-il écrit dans le journal d’expression anglaise, Turkish Daily News.
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