| Le drapeau turc suscite un intérêt très spécial à Aceh |
Pour réagir à cet article, cliquez ici
|
14 février 2005
|
Par Barry NEILD (AFP - 11/02/2005) - Présents parmi les secouristes du monde entier en Indonésie, les Turcs suscitent un intérêt spécial de par leur drapeau : celui-ci ressemble en effet beaucoup à la bannière interdite des rebelles séparatistes de la province.
Le drapeau turc à l’étoile et au croissant blancs sur fond rouge flotte un peu partout à Banda Aceh, alors que l’aide de la Turquie sur le terrain reste modeste.
De fait l’étendard est prisé, même si les heureux possesseurs sont réticents à admettre qu’ils ont trouvé là un moyen détourné d’afficher leur sympathie pour la cause indépendantiste.
"Tout le monde ici veut des drapeaux turcs, il n’y en a pas assez", s’étonne Ilhan Arikhan, un correspondant de la chaîne de télévision turque TRT.
La bannière du Mouvement Aceh Libre (GAM) présente une similitude frappante avec les couleurs d’Ankara. Constituée également d’une étoile et d’un croissant blancs sur fond rouge, elle diffère seulement par deux bandes noires bordées de blanc, en haut et en bas.
Le conflit d’Aceh a fait plus de 12.000 morts depuis 1976 et a été marqué par de nombreuses atrocités. L’armée a lancé en mai 2003 une vaste opération pour écraser le GAM, après l’échec d’une trêve.
Plus de 2.400 rebelles ont été tués depuis lors. Des associations de défense de droits de l’Homme affirment que de très nombreux civils ont également été tués. De récentes discussions à Helsinki entre gouvernement indonésien et rebelles n’a pas empêché les accrochages de se poursuivre.
Déployer le drapeau du GAM dans la province contrôlée par l’armée vaut d’être immédiatement envoyé en prison.
Darwin, un simple commerçant vendant des bananes, a accroché un grand drapeau turc sur le mur du fond de son échoppe en bord de route. Dans la province les espions rôdent et pas question de s’épancher sur la question sensible de l’indépendantisme.
"Les Turcs me l’ont offert hier, je l’ai mis juste pour décorer", déclare à l’AFP le vendeur. "Nous sommes neutres, nous ne soutenons ni le GAM ni l’Indonésie. Les Turcs nous l’ont donné et nous les remercions de leur aide".
D’autres résidents montrent les mêmes réticences, affirmant posséder un drapeau turc simplement en raison de l’assistance des volontaires turcs présents.
"Il présente des similitudes avec le drapeau du GAM, mais cela ne veut pas dire que la population d’Aceh en tire de la motivation ou de la force", assure Budi, gérant de magasin de 40 ans qui se dit aussi "neutre".
Ami Hazrami, qui vend des lunettes de soleil dans la rue, confie avoir entendu des rumeurs selon lesquelles des gens déploient le drapeau turc en soutien à la cause rebelle. "Mais je ne crois pas que cela soit vrai", dit-il prudemment.
Ilhan Arikhan, le reporter de la télévision turque, relate avoir eu quelques sueurs froides à un point de contrôle des militaires indonésiens : "Les soldats pointaient notre drapeau turc en hurlant +qu’est-ce que c’est que ça, qu’est-ce que c’est que ça ?+. Nous leur avons montré nos passeports et finalement ils nous ont laissé partir".
Apparemment peu préoccupée par ce débat, une ONG turque gérée par des boulangers propose chaque jour 7.000 pains cuits au four. Cette boulangerie aéroportée suscite autant de curiosité que le drapeau : en effet la population d’Aceh, contrairement au riz ou aux nouilles, n’a jamais eu l’habitude de consommer de pain.
|