| Des médiateurs bénévoles règlent les vendettas et autres crimes d’honneur chez les Kurdes de Turquie |
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18 juillet 2005
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DIYARBAKIR (Tête de Turc) - Sait Sanli est un simple citoyen, boucher à Diyarbakir, la principale ville du sud-est de la Turquie. Il a présidé à la conclusion de 397 accords de paix lors des cinq dernières années.
Dans la salle aménagée pour de telles occasions, des hommes kurdes de cette région patientent, en pantalon bouffant et chapelet à la main, espérant une entrevue avec l’homme connu pour avoir réussi là où beaucoup d’autres ont échoué : mettre un terme aux vendettas.
Sanli, un Kurde de 61 ans, est un des médiateurs bénévoles qui s’immiscent entre les clans rivaux pour résoudre leurs conflits dans une région où les traditions tribales des Kurdes continuent de prévaloir, où l’illettrisme reste élevé et où le fusil semble souvent le meilleur moyen de régler ses comptes et de laver son honneur.
Les médiateurs ont le soutien des dirigeants communautaires, religieux et administratifs locaux, satisfaits de voir s’apaiser les tensions sociales dans une région déjà traumatisée par le terrorisme perpetré par les séparatistes kurdes du PKK (inscrite sur la liste des organisations terroristes de l’Union Européenne et des Etats-Unis), qui a fait 37.000 morts au cours des 20 dernières années.
"Les gens vont aujourd’hui dans l’espace, alors que nous en sommes encore à nous tirer dessus pour rien", ironise le boucher.
De nombreuses vendettas commencent avec des incidents mineurs, comme une vache venue brouter dans le jardin du voisin. Certaines sont causées par la fuite intempestive d’une jeune fille avec un amoureux non agréé par la famille, des litiges fonciers ou des dettes impayées.
La réussite de Sait Sanli tient, selon lui, au respect qu’inspirent sa sagesse et son sens de l’équité.
Son don pour encaisser les insultes des belligérants et sa patience face aux attitudes les plus bornées sont d’autres clés de son succès.
Une affaire particulièrement coriace l’a ainsi conduit à effectuer des allers-retours durant sept mois entre six villages et 11 familles en conflit après qu’un feu allumé par l’une d’elle pour brûler des détritus se fut étendu sur les champs de son voisin.
Huit personnes ont perdu la vie au cours des affrontements qui s’en sont ensuivis au fil des années.
Sanli est souvent appelé à la rescousse après le premier sang, mais avant que l’incident ne dégénère en bataille rangée.
La responsabilité collective des familles a des conséquences dévastatrices, la crainte de représailles obligeant parfois des clans entiers à abandonner leurs villages, ce qui ne les met pas à l’abri pour autant.
La résolution de ces conflits a ses propres règles : Sanli n’accepte ainsi d’intervenir que si ceux qui ont appuyé sur la gâchette se rendent à la justice et si les veuves se voient garantir un toit.
Si la partie devant verser des compensations est trop pauvre, le boucher se tourne vers les hommes d’affaires et philanthropes locaux, qui réunissent la somme.
La vendetta des clans kurdes, fléau du sud-est anatolien, s’est aussi répandu à travers l’immigration dans les villes de l’ouest du pays et jusqu’en Europe.
Aucune statistique sérieuse n’évalue le nombre de morts causées par cette tradition.
Selon une étude menée l’an dernier dans le district sensible de Viransehir (200.000 habitants, province de Sanliurfa), 300 personnes ont été tuées et 600 blessées en 50 ans dans des conflits claniques.
Une fois l’accord conclu, les ennemis se réunissent pour un "repas de paix".
avec AFP
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