| Le parti nationaliste kurde DEHAP se saborde (Turquie) |
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18 août 2005
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(Tête de Turc, 18.08.05) - Dans un communiqué, le Parti Populaire Démocratique (DEHAP, nationaliste kurde) a annoncé mercredi sa décision de se saborder et de rejoindre avant la fin de l’année le Mouvement pour une Société Démocratique (DTH), dirigé par Leyla Zana et les anciens députés du Parti pour la Démocratie (DEP, dissous en 1994 pour liens organiques avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan - PKK - qui est considéré comme une organisation terroriste par l’Union Européenne, les Etats-Unis et la Turquie).
"Le DTH a pris sa place dans l’arène politique comme un moyen important de réaliser les espoirs communs des travailleurs de Turquie et des Kurdes. (...) Nous avons décidé, en tant que parti, de rejoindre le DTH pour renforcer le mouvement kurde, favoriser l’esprit d’union entre les Kurdes, mettre fin à l’émiettement politique, et remplir le vide politique..." indique le communiqué, avant d’admettre l’échec du DEHAP à se faire reconnaître comme un interlocuteur crédible aux yeux des autorités turques dans la perspective "d’un règlement du problème kurde".
Saluant le récent discours du Premier ministre turc à Diyarbakir, qui s’est engagé à régler le "problème kurde" avec "plus de démocratie, de droits civils et de prospérité", le DEHAP a affirmé vouloir prendre ses responsabilités et contribuer aux efforts du gouvernement en matière de démocratisation.
La décision du parti nationaliste kurde intervient après plusieurs appels lancés au PKK par des maires issus du DEHAP demandant à l’organisation terroriste de renoncer à la violence.
Cette annonce consacre l’échec d’une stratégie politique reposant sur des seules revendications à caractère ethnique, estiment les analystes. Le discours nationaliste kurde semble avoir atteint ses limites ; les déboires du DEHAP lors des précédentes échéances électorales ont montré l’incapacité du parti à capter les voix de l’électorat turc d’origine kurde au-delà de quelques zones du sud-est anatolien traditionnellement acquises au mouvement nationaliste. La percée dans ces mêmes zones du Parti de la Justice et du Développement (AKP, droite conservatrice dite "musulmane-démocrate"), actuellement au pouvoir, a bouleversé l’équilibre politique dans le sud-est anatolien et accéléré le déclin du DEHAP.
La reprise des actions armées décidée par le PKK en juin 2004 a encore fragilisé la position du DEHAP, qui est soupçonné par les autorités et l’opinion publique turques de n’être qu’une vitrine politique de l’organisation terroriste.
Selon les observateurs de la scène politique turque, l’adhésion du DEHAP au DTH répondrait à une quête de respectabilité que l’aura internationale d’une Leyla Zana pourrait lui donner, mais aussi à la volonté de peser sur les orientations de ce mouvement et l’empêcher de s’émanciper de la mouvance kurde radicale incarnée par le PKK et ses différents avatars légaux (HEP, DEP, HADEP, et DEHAP).
Le PKK, d’idéologie marxiste-léniniste, est engagé depuis plusieurs années dans une stratégie sanglante de liquidation de ses opposants, comme l’atteste le récent meurtre, à Diyarbakir, du dissident Hikmet Fidan. En usant de la violence, le PKK a empêché l’émergence de groupes concurrents ou modérés au sein de la mouvance nationaliste kurde.
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