| Les Turcs : De parias à citoyens |
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4 janvier 2007
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De parias à citoyens
Bafoués sous les communistes, les Turcs de Bulgarie participent aujourd’hui à la vie politique de ce pays
Lorsque tombe le régime communiste bulgare en 1989, toutes les conditions sont réunies pour qu’éclate un conflit ethnique entre la majorité chrétienne orthodoxe et la principale minorité, les musulmans de souche turque, qui représentent environ 10 % de la population. Mais la transition ne donne pas lieu à des manifestations de nationalisme ni à des confrontations. "Si cela a pu être évité, explique Boriana Panayotova, chargée de cours au Département d’histoire, ce n’est pas parce que les Bulgares sont très tolérants. C’est plutôt qu’un concours de circonstances a mené à un résultat positif."
Boriana Panayotova participait, le vendredi 14 novembre au pavillon Charles-De Koninck, à une table ronde sur la transition post-communiste en Europe centrale et orientale. Cette activité était présentée par le Cercle Europe de l’Institut québécois des hautes études internationales, en collaboration avec le programme Paix et sécurité internationales.
Selon elle, il ne faisait pas bon d’être Turc musulman en Bulgarie dans les années 1980. "À compter de 1984, dit-elle, le Parti communiste applique une politique costaude et décisive d’assimilation à l’endroit des Bulgares de souche turque. Tous sont obligés de prendre des noms et prénoms bulgares. Et en 1989, cette politique atteint son paroxysme quand environ 300 000 d’entre eux, sur un total de quelque 800 000 personnes, sont expulsés et se réfugient en Turquie. Assez favorable, la majorité bulgare assiste passivement à ces événements."
Après le putsch
Le 10 novembre 1989, un jour après la chute du mur de Berlin, un putsch interne au sein du Parti communiste bulgare conduit au limogeage du chef de l’État et secrétaire général du Parti, Todor Jivkov, au pouvoir depuis une trentaine d’années. Dans une volonté de se distancier le plus possible du régime déchu, le Parti communiste, rebaptisé Parti socialiste, pose un premier geste symbolique. Il met un terme à la politique d’assimilation des Bulgares de souche turque. Et en mars 1990, il fait adopter, comme première loi, une législation qui autorise ces mêmes Bulgares à reprendre leurs noms d’origine.
Dans l’intervalle, on assiste à la naissance d’un parti politique représentant la minorité turque : le Mouvement des droits et libertés. "Ce parti, indique Boriana Panayotova, mène dès le début une politique de grande prudence pour ne pas s’aliéner davantage la population bulgare déjà hostile envers la minorité turque. De plus, il essaie de canaliser l’énergie, les frustrations et les revendications de la minorité turque dans une voie parlementaire et constitutionnelle. Cette approche a tout de suite fait énormément baisser la tension au sein de la société bulgare. C’est là un des grands facteurs pour lesquels la Bulgarie a pu échapper à une explosion de nationalisme et à une renaissance de vieux conflits ethniques."
Aux premières élections législatives de juin 1990, le Mouvement des droits et libertés fait élire 24 députés. Mais les deux principaux partis contestent la présence de ces députés au parlement. "Il faut dire que la majorité bulgare est très hostile à l’existence d’un tel parti, souligne Boriana Panayotova. Certains craignent qu’à cause de lui la Bulgarie ne devienne un second Chypre. D’autres croient que ce parti sera aux ordres d’Ankara, la capitale de la Turquie. Finalement, un an plus tard, la Cour constitutionnelle se prononce en faveur du droit d’exister du Mouvement des droits et libertés et de son droit de participer à la vie politique."
Le parti turc existe toujours. Et il participe de plus en plus à la vie politique bulgare. Aux élections de 2001, deux députés turcs ont accédé au gouvernement. "La population a fini par s’habituer à la présence de ce parti, indique Boriana Panayotova. Mais le signe suprême de l’acceptation d’une minorité dans la vie politique bulgare est que le Mouvement des droits et libertés accueille de plus en plus de non-musulmans et de non-Turcs dans ses rangs."
YVON LAROSE
http://www.scom.ulaval.ca/Au.fil.des.evenements/2003/11.20/parias.html
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