| De la peur de froisser le lobby arménien à la nécessité de reconnaître le Génocide Azéri |
Négationnisme du Génocide Azéri
QUESTIONS A Paulette BRISEPIERRE
Source : http://www.expatries.senat.fr/inter...
Paulette BRISEPIERRE, Sénateur représentant les Français établis hors de France (groupe UMP)
Vous êtes très impliquée dans la résolution du conflit au Sahara occidental. Pouvez-vous nous en dire un mot ?
Oui, je suis très impliquée parce que je l’ai suivi depuis le début. En effet, l’épopée du Sahara occidental a commencé pour moi en 1975 avec « la marche verte ». C’est ainsi qu’on a appelé l’immense foule de Marocains qui, à l’appel du Roi, s’est mobilisée pour partir, sans armes, récupérer cette portion du Sahara qui, jusqu’à la colonisation, faisait partie intégrante du territoire marocain.
La marche vert est partie de Marrakech et tous les témoins présents, dont j’étais, ont été très impressionnés par l’enthousiasme et la fierté que montraient les participants. Il s’agissait pour eux d’une véritable croisade, d’une marche sacrée pour reconquérir leur territoire, et ils partaient tous avec à la fois un enthousiasme total et un calme extraordinaire.
Et aujourd’hui, plus de trente ans plus tard, y a-t-il le même enthousiasme, le même recueillement ?
Pas le même recueillement car les générations ont changé mais le même attachement, incontestablement. Pas un Marocain n’accepterait de voir partir le Sahara occidental. Avant la colonisation, cette partie du Sahara faisait partie intégrante du Maroc. Ce que les Marocains ne comprennent pas c’est qu’à l’époque de la décolonisation, les puissances colonisatrices (France, Allemagne, Espagne) aient tout rendu sauf le Sahara occidental que l’Espagne a continué à occuper.
Il faut aussi savoir que le référendum dont on parle maintenant avait été demandé par les Marocains il y a trente ans. Aujourd’hui la situation n’a plus rien à voir parce que ce ne sont plus les mêmes interlocuteurs.
Mais ne faut-il pas tenir compte de la situation actuelle, de la population actuelle et de ses revendications ?
Les Marocains étaient au départ dans la plus grande légitimité pour demander ce référendum. Or on a laissé traîné les choses et entre temps, les habitants ont changé.
En outre, quand les Marocains ont repris cette partie du Sahara, il n’y avait rien. Aujourd’hui, vous avez plusieurs centrales électriques, des usines de désalinisation de l’eau de mer, plusieurs ports de pêche... A Dakhla, un môle de commerce est en cours de construction qui sera un des plus grands d’Afrique. Les Marocains ont totalement transformé et aménagé cette région autrefois désertique. Cela explique le fait que d’autres pays en aient aujourd’hui envie. Mais c’est aussi la raison pour laquelle les Marocains y sont plus attachés aujourd’hui qu’autrefois.
Que pensez-vous de la proposition de loi de l’Assemblée nationale visant à pénaliser la négation du génocide des Arméniens ?
C’est une aberration, nous n’avons pas à nous mêler de ça. Que dirions-nous si un pays étranger voulait faire une proposition de loi pour accuser la France d’avoir décapité un roi et une reine et pointer le crime de non assistance à personne en danger pour avoir emprisonné et laissé mourir le dauphin ? Ce serait ridicule. Je viens d’être saisie par les Azéris d’une demande de proposition de loi tendant à reconnaître le génocide des Azéris par les Arméniens ! Ils m’ont apporté un dossier complet sur le sujet.
Pourquoi ne pas parler aussi des Indiens d’Amérique qui ont totalement disparu, des aborigènes, etc. ?
Arrêtons de regarder en arrière et de revenir sur des événements qui ne peuvent susciter que de la rancœur et de l’animosité. Regardons plutôt devant nous avec enthousiasme pour construire l’avenir et faire en sorte qu’il soit meilleur.
Pensez-vous que cette proposition de loi sera votée par le Sénat ?
Non. J’espère que non. On oublie trop souvent que la Turquie a été extrêmement pro-française. Jusqu’en 1927 tous ses textes de loi étaient rédigés en français. Les codes étaient calqués sur le droit français. En Turquie, vous avez sept écoles chrétiennes, ouvertes à tous. Ces écoles ont été données par la Turquie à des communautés religieuses. C’est pour illustrer combien les Turcs sont francophiles et libres d’esprit.
Cette proposition va faire des dégâts profonds entre la France et la Turquie...
Sur le plan économique c’est une catastrophe. Je ne suis pas d’accord avec Eric Raoult lorsqu’il déclare qu’il préfère avoir un livre d’histoire dans sa bibliothèque plutôt que des gros contrats. C’est avec les contrats que les gens vivent.
Etes-vous favorable à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne ?
Les deux n’ont rien à voir. Il y a plusieurs Turquie : une partie qui est prête à entrer immédiatement dans l’Union européenne et une autre qui a besoin d’aménagements pour pouvoir y entrer.
Or on vient de créer une instance qui me tient beaucoup à cœur : l’Assemblée parlementaire des pays riverains de la Méditerranée. Cette APM peut résoudre le problème de la Turquie et de beaucoup d’autres pays. L’élargissement de l’Europe a été déjà trop rapide et à mon avis avec des pays trop différents les uns des autres. L’APM devrait devenir le pendant de l’Union européenne pour les pays du pourtour méditerranéen : au lieu d’avoir une Euro-Méditerranée, nous aurions une Europe du Nord et une Europe du sud. Car il y a beaucoup moins de points communs entre les pays d’Europe du Nord et ceux du Sud qu’entre les pays de l’Europe du sud et ceux de la rive sud de la Méditerranée. Tous les pays du bassin méditerranéen ont des origines communes héritées de la route de la soie, de la route des Indes et surtout de la Mésopotamie. N’oublions pas que le plus vieux pays du monde, dont nous descendons tous, était la Mésopotamie, c’est-à-dire l’Irak.
Est-ce l’ambition de l’Assemblée parlementaire de la Méditerranée que d’être une union économique et politique pour les pays du bassin méditerranéen ?
Absolument. Nous avons eu une première réunion constitutive à Amman, en Jordanie, en septembre dernier. C’était un premier jalon mais il était extrêmement intéressant d’avoir dans une même enceinte des pays comme le Liban et Israël, la Grèce, Chypre et la Turquie... Au début, les représentants de ces pays faisaient semblant de s’ignorer mais au bout de trois jours ils discutaient tout naturellement ensemble. C’est fondamental d’arriver à faire se parler des gens qui ne se parlent pas. C’est comme cela qu’on créé l’amitié entre les peuples.
Pensez-vous que l’APM puisse être une enceinte de résolution des conflits locaux ?
Il y a beaucoup plus de conflits actuellement dans les Balkans qu’il n’y en a entre les pays de la Méditerranée. Regardez le Kosovo ou la Bosnie : dans toute cette région, que je connais bien, la paix ne règne que parce que nous y avons des troupes. Les blessures sont loin d’être cicatrisées.
Allez-vous vous représenter aux prochaines élections sénatoriales ?
Je répondrai simplement que la question n’est pas encore d’actualité.
Etes-vous satisfaite du travail que vous avez accompli au Sénat ?
On n’est jamais totalement satisfait. Il reste toujours à faire. J’ai fait de mon mieux, la preuve c’est qu’on me demande de me représenter. Mes collègues font excellemment leur travail et poursuivront la tâche.
De quoi êtes-vous particulièrement fière ?
D’avoir été élue au Sénat, par moi-même, sans rien devoir à personne.
Pendant mes mandats, je me suis surtout occupée des pays difficiles en Afrique, au Proche et au Moyen-Orient et dans le bassin méditerranéen, parce que j’ai connu moi-même en tant qu’expatriée en Afrique des moments difficiles. J’aime le contact avec les gens, l’unité, la discussion, et que toutes les décisions se prennent en commun.
J’ai aussi beaucoup apprécié l’excellente ambiance d’amitié, de camaraderie et de solidarité qui règne au Sénat. C’est une grande famille.
Que pensez-vous des élections récentes à l’Assemblée des Français de l’étranger ?
A chaque renouvellement, l’Assemblée s’enrichit de sang nouveau ce qui est bon. Cela permet de ne pas s’endormir dans une routine. Je tire mon chapeau aux candidats qui se sont présentés d’eux-mêmes, sans appui, qui se sont battus et qui ont réussi à se faire élire.
Avez-vous le sentiment que c’est une assemblée utile et qu’elle est écoutée par le gouvernement ?
Oui, mais peut-être pas autant que nous le pourrions, compte-tenu des moyens qui sont mis à notre disposition. On pourrait faire mieux, avec plus d’unité. Notamment sur de grands chantiers comme l’enseignement français à l’étranger. Le réseau d’établissements scolaires français à l’étranger, c’est la plus grande réussite de la France dans le monde. Il y a des établissements français partout. Aucun pays ne nous égale dans ce domaine. Quand je voyage, je suis à la fois très fière de ce qu’on a accompli et très triste qu’on ne puisse pas faire plus alors qu’on doit faire face à une demande énorme.
Malheureusement, nous sommes limités par le budget car les sommes investies par l’Etat français sont extrêmement importantes et ne peuvent pas être augmentées indéfiniment. Nous cherchons donc à trouver des solutions complémentaires pour pouvoir continuer à ouvrir de nouveaux établissements et avec de l’imagination et de la volonté on trouve toujours des solutions.
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