| Bélgique - La marche turque |
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12 octobre 2004
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Tandis que la Commission européenne envisage l’adhésion d’Ankara sous conditions, le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles s’ouvre à l’incroyable diversité culturelle de la Turquie, à la croisée de l’Orient et de l’Occident, via une prestigieuse exposition dédiée aux femmes.
La Commission européenne a dit « oui » mercredi à des négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE, mais pris en compte les réticences des opinions et refusé tout « chèque en blanc » à Ankara qui devra attendre au moins 2014 (bien 2014) avant une entrée qui n’est pas garantie.
Le chef de la diplomatie turque Abdullah Gul a minimisé les conditions strictes posées par Bruxelles et salué un pas historique pour l’UE et la Turquie. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a réclamé « les mêmes critères » que pour les précédents candidats, mais jugé l’évaluation de Bruxelles « assez équilibrée ». Il a émis l’espoir d’un début des pourparlers au premier semestre 2005 et de leur achèvement « dans un délai raisonnable ».
L’Allemagne, où réside la plus importante communauté turque de l’UE (2 millions), l’Italie, la Pologne et le Royaume Uni entre autres ont confirmé qu’ils soutiendraient la cause d’Ankara au moment de la décision finale que les chefs d’Etat et de gouvernement européens prendront le 17 décembre.
Le chancelier allemand Gerhard Schroeder a déclaré que les réformes déjà réalisées en Turquie représentaient un bilan dont on peut être fier. Il s’est dit confiant de voir la majorité nécessaire atteinte au sommet européen du 17 décembre pour un feu vert au lancement des négociations. Le chancelier a précisé qu’il y était personnellement favorable et qu’il allait l’approuver au sommet.
Le président français Jacques Chirac, confronté à des résistances dans son propre camp politique, a pour sa part souligné que si le Conseil européen en décembre décide de l’ouverture de ces négociations, chacun est conscient du fait qu’au minimum elles dureront dix ou quinze ans.
La Grèce, qui a connu de fortes tensions avec son voisin turc dans le passé, a affirmé soutenir la « perspective européenne de la Turquie », tout en prenant en compte que le rythme de la marche européenne de la Turquie dépend avant tout de ce pays, selon les termes employés par un porte-parole du gouvernement à Athènes.
Le président de la Commission Romano Prodi a estimé qu’une Europe sûre d’elle-même... n’avait rien à craindre de l’intégration de la Turquie. Nous devons garder à l’esprit le message des pères fondateurs de notre Europe et le projet d’étendre à tout notre continent les valeurs de paix, de sécurité, de démocratie et de coopération entre nos peuples et nos nations, a-t-il déclaré, en présentant aux eurodéputés la recommandation de Bruxelles. M. Prodi a présenté celle-ci comme un « message de confiance » adressé « à la Turquie, à son peuple et à son gouvernement » et la « reconnaissance » de plus de 40 ans d’aspirations européennes d’Ankara. La réponse de la Commission est un oui... Il s’agit cependant d’un oui conditionnel, a-t-il ajouté.
Il a fallu plus de quatre heures de débat à l’exécutif communautaire pour conclure comme prévu que « la Turquie remplit suffisamment les critères politiques » pour rejoindre l’UE et recommander « que des négociations d’adhésion soient ouvertes », sans s’avancer sur une date.
La Commission a été bien avisée de rester en dehors de cela et nous ne nous mêlerons pas de ce dossier, a affirmé le commissaire à l’Elargissement Guenter Verheugen, tout de même partisan d’un démarrage début 2005 conformément à la formule « sans délai » retenue il y a deux ans au sommet de Copenhague.
La décision reviendra en décembre aux dirigeants de l’UE. Certains pays comme la France aimeraient éviter un téléscopage entre l’ouverture des pourparlers avec Ankara et les référendums de ratification de la Constitution européenne. L’exécutif communautaire a salué les « efforts importants » de la Turquie en matière de réformes mais souligné que leur « mise en oeuvre... devait être encore consolidée et élargie », d’où les garde-fous inédits de sa recommandation. Le plus symbolique serait la possibilité pour les dirigeants de l’UE de « suspendre les négociations » en cas d’« infraction sérieuse et permanente » de la Turquie aux normes démocratiques européennes. Je suis convaincu que cela ne sera jamais le cas, a assuré Abdullah Gul. M. Erdogan a pour sa part affirmé qu’une telle suspension ne pourrait intervenir que dans des cas extrêmes (...) comme, par exemple, un coup d’Etat en Turquie.
Bruxelles a offert une autre concession majeure aux adversaires de l’entrée d’Ankara : les pourparlers devront rester « un processus ouvert dont le résultat ne peut être garanti à l’avance ». La Commission a également envisagé l’instauration d’une clause de « sauvegarde permanente » pour limiter la libre circulation des travailleurs turcs dans l’UE. « Ceux qui ont peur de voir le marché du travail saturé peuvent se tranquilliser », a réagi le chancelier allemand Gerhard Schroeder.
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