| Crise politique et amertume chez les Chypriotes turcs |
Pour réagir à cet article, cliquez ici
|
23 octobre 2004
|
Le gouvernement de la République turque de Chypre du Nord (RTCN, reconnue par la Turquie seulement) conduit par Mehmet Ali Talat, un ardent partisan du "oui" à la réunification de l’île, divisée depuis trente ans, a démissionné, mercredi 20 octobre. Fragilisé depuis le départ, en avril, de trois députés des partis de la coalition au pouvoir, le gouvernement a fini par tomber.
La formation d’une nouvelle équipe doit revenir à l’ancien premier ministre Dervish Eroglu, chef du Parti de l’union nationale (UBP, droite), la principale formation d’opposition au sein de l’Assemblée locale, qui compte 50 sièges. En cas d’échec, des élections législatives anticipées seront convoquées en janvier 2005 ou simultanément à un scrutin présidentiel prévu pour avril 2005.
C’est, entre autres, sous l’impulsion de M. Ali Talat que les électeurs chypriotes turcs s’étaient prononcés à 65 % en faveur du plan du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, en vue de la réunification de l’île lors d’un référendum organisé au printemps. M. Talat s’était alors vivement opposé au vieux lion de la politique chypriote turque, Rauf Denktash, 80 ans, qui, lui, rejetait le plan onusien.
TOURISME EN HAUSSE
Toutefois, comme les trois quarts des Chypriotes grecs ont, lors de ce référendum organisé dans les deux parties de l’île, dit "non" au plan Annan, la réunification escomptée n’a pas eu lieu. Au 1er mai, la République de Chypre - la seule reconnue internationalement - a rejoint l’Union européenne (UE), laissant la partie turque en dehors du processus. L’humeur est d’autant plus morose dans la partie nord de l’île que les aides promises au printemps par l’UE ne se sont pas concrétisées. Les 259 millions d’euros annoncés n’ont pas été reçus et l’assurance que des ports et des aéroports allaient être ouverts au trafic international est restée lettre morte.
"Il y a une grande déception car la Turquie a fait ce qu’elle devait faire au moment du référendum or aucune des promesses exprimées n’a été tenue", regrette Pekin Baran, vice-président de la Tusiad (le Medef turc), en visite à Paris. L’association des patrons turcs, inconditionnelle de l’adhésion de la Turquie à l’UE, a beaucoup œuvré en faveur d’un règlement de la question chypriote. "Bien sûr, nous voulons croire que les choses vont bouger ; mais la réalité est que la Turquie et les Chypriotes turcs ont fait preuve de bonne volonté et pourtant ce sont eux qui ont été pénalisés", déplore Ömer Sabanci, le président de l’organisation patronale.
Les seules bonnes nouvelles pour la partie nord de Chypre sont que la fréquentation touristique est en hausse, après des années d’isolement dues à l’embargo international, et que la République de Chypre a indiqué qu’elle ne bloquerait pas une décision d’ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie lors du sommet du 17 décembre. Toutefois, dans une interview au quotidien turc Sabah, le 17 octobre, le ministre des affaires étrangères chypriote grec a expliqué qu’Ankara devrait auparavant reconnaître le gouvernement chypriote grec et autoriser un libre accès aux ports, aéroports et couloirs aériens de la partie nord, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui.
Marie Jégo, LE MONDE
|