| Deux ex-ministres turcs de l’Energie jugés pour corruption |
Pour réagir à cet article, cliquez ici
|
1er novembre 2004
|
ANKARA, (AFP) Deux anciens ministres turcs de l’Energie seront jugés à partir de mardi par un tribunal spécial pour répondre d’accusations de graves irrégularités dans des projets énergétiques en Turquie, un pays encore touché par la corruption et qui aspire à intégrer l’Union européenne.
Cumhur Ersumer et Zeki Cakan doivent comparaître à Ankara devant la Cour constitutionnelle, qui prendra pour la circonstance le nom de Cour suprême, pour répondre notamment d’accusations d’abus de pouvoir et de corruption dans des appels d’offres publics, d’achat de gaz en particulier, qui ont coûté à la Turquie des centaines de millions de dollars.
Le jugement de la Cour, qui devrait intervenir dans les prochains mois, ne sera pas susceptible d’appel.
Des commissions d’enquête avaient été formées au parlement et ce sont les députés qui ont décidé de renvoyer les deux ex-ministres devant la justice.
Tous deux étaient membres de coalitions gouvernementales dirigées par l’ancien Premier ministre Bulent Ecevit, qui a essuyé une cuisante défaite aux élections législatives de 2002 et a dû se retirer de la scène politique.
Le Parti de la Justice et du Développement (AKP), un parti aux origines islamistes arrivé au pouvoir en novembre 2002 en remportant haut la main ce scrutin, s’était engagé à éradiquer la corruption. Ce procès constitue un test dans sa détermination à lutter contre ce fléau qui a rongé pendant longtemps le pays.
Les deux accusés risquent chacun plus de dix ans de prison. Ils étaient membres du parti la mère Patrie (ANAP, conservateur) dont l’ex-chef, Mesut Yilmaz, trois fois Premier ministre, a été récemment renvoyé par les députés turcs devant la Cour suprême avec son ministre de l’Economie, Gunes Taner.
Ils sont notamment accusés d’avoir vendu la banque publique Turkbank en 1998 dans des conditions irrégulières à un homme d’affaires controversé et réputé chef mafieux, affaire qui avait mené à la chute de leur gouvernement de coalition tripartite.
A 57 ans, M. Yilmaz a plusieurs fois dû répondre devant ses pairs d’accusations de fraude massive, mais a chaque fois été blanchi.
Sévèrement battu aux dernières élections, son ancien parti n’a plus de représentation parlementaire.
A la suite de deux graves crises financières en novembre 2000 et février 2001, provoquées en particulier par une corruption endémique dans le système bancaire, la Turquie a adopté une série de lois pour lutter contre ce fléau.
Selon une enquête de l’organisation non gouvernementale Transparence internationale (TI) en Turquie, ce pays arrive au 77ème rang d’une liste de 146, dont en tête le pays le plus "propre", la Finlande. Au plus bas de la liste se trouvent ex-aequo Haïti et le Bangladesh.
Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan ne cesse d’affirmer sa détermination à éradiquer la corruption mais le combat est loin d’être gagné, comme il l’a lui-même admis pendant le week-end lors d’un meeting électoral dans l’ouest de la Turquie.
Le chef du gouvernement, dont le pays espère entamer l’an prochain des négociations d’adhésion à l’UE, s’est plaint du fait que "de nombreuses personnes se présentent avec des Mercedes ou des BMW dans les hôpitaux publics pour se faire soigner avec des cartes vertes", spécialement délivrées par l’Etat pour les plus démunis.
"Cette situation ne peut durer", a-t-il affirmé.
|