| La police néerlandaise annonce le démantèlement d’un camp d’entraînement de guérilla kurde |
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16 novembre 2004
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Le coup de filet dans le sud-est des Pays-Bas a abouti à l’arrestation de trente-huit personnes impliquées dans la formation de groupes armés destinés à être envoyés en Arménie.
Les opérations antiterroristes se succèdent à un rythme accéléré aux Pays-Bas depuis l’assassinat, le 2 novembre, du cinéaste Theo Van Gogh. Vendredi 12 novembre, la police a lancé de nouvelles investigations qui ont abouti, à Liempde, dans le sud-est du pays, au démantèlement de ce qui serait un camp d’entraînement du Congrès du peuple du Kurdistan (Kongra-Gel), une émanation de l’ex-PKK, le parti illégal des Kurdes de Turquie. Vingt-neuf personnes ont été appréhendées dans le cadre d’une enquête qui aurait démarré il y a un an et ne serait pas, selon le porte-parole du parquet national, directement liée aux opérations de démantèlement de réseaux islamistes. D’autres perquisitions ont conduit à neuf arrestations. Divers équipements et des armes ont été saisis. Selon un membre du parquet, les militants kurdes s’entraînaient avant d’être envoyés en Arménie.
Divisé en plusieurs factions, Kongra-Gel - que Washington, Ankara et l’Union européenne assimilent à une organisation terroriste - a officiellement renoncé au séparatisme, mais certaines de ses branches ont ranimé le conflit dans le sud-est de l’Anatolie. La Turquie a reproché aux Pays-Bas leur indulgence à l’égard de l’ex-PKK dont une dirigeante présumée, Nuriye Kesbir, réclamée par Ankara, n’a pas été extradée, un tribunal de La Haye jugeant que la Turquie violait les droits de l’homme. Selon la justice, Mme Kesbir risquait d’être torturée si elle était remise à la justice turque.
Jusqu’ici, les services néerlandais considéraient quant à eux que les groupes kurdes ne se livraient qu’à des actions pacifiques aux Pays-Bas. Vendredi, les autorités affirmaient que ce sont des techniques de guérilla et des entraînements au combat physique qui étaient enseignés à Liempde.
LACUNES POLICIÈRES
Cet épisode renforce un climat d’inquiétude, et souvent d’incompréhension, qui règne dans un pays où les rapports entre les différentes communautés se sont fortement détériorés depuis l’assassinat de Theo Van Gogh par le militant islamiste Mohammed Bouyeri. Quelque 40 % des Néerlandais estiment, selon un sondage, qu’il sera impossible d’intégrer les musulmans.
C’est sans doute pour tenter de donner un signe d’apaisement que la reine Beatrix s’est rendue, vendredi 12 novembre, dans un centre où vivent de jeunes Marocains, à Amsterdam. Pressée par des responsables politiques de lancer un appel au calme, la reine a préféré participer à une discussion au cours de laquelle ont été évoqués le risque de confusion entre islam, islamisme et terrorisme, et la nécessité de s’attaquer aux causes de la radicalisation de certains immigrés.
Sur le plan politique, pour ne pas ajouter à la confusion, les députés n’ont pas mis en cause le ministre de l’intérieur à l’issue d’un débat consacré à l’affaire Van Gogh. De l’avis unanime, y compris dans son parti - le VVD, libéral - Johan Remkes n’a pourtant fourni aucune explication convaincante quant aux lacunes des services de police et, surtout, de renseignement. Il se confirme, en effet, que depuis l’été 2004, des informations permettaient de conclure qu’une cellule islamiste préparait un attentat. D’autre part, des menaces avaient été adressées à Theo Van Gogh, à Ayaan Hirsi Ali, la députée d’origine somalienne qui avait, avec lui, dénoncé les mariages forcés et l’islam fondamentaliste, ou encore à Geert Wilders, un dissident du parti libéral qui a fondé une nouvelle formation de droite. A aucun moment, les responsables de la lutte antiterroriste ne sont apparemment parvenus à établir un lien entre ces diverses informations.
M. Remkes, vivement critiqué par le président de son propre groupe parlementaire, n’a pu expliquer pourquoi il n’avait été tenu compte ni des menaces pesant sur Theo Van Gogh ni des éléments apparemment accablants sur son meurtrier, Mohammed Bouyeri. Ce dernier avait été dénoncé par certains informateurs mais les services de renseignement ont décidé d’arrêter les écoutes de son téléphone. Connu de la justice, Bouyeri donnait aussi asile à différents islamistes, ce qui était connu des services. L’un de ses complices avait déjà été arrêté en 2003.
Jean-Pierre Stroobants, Le Monde
Voir également :
L’Arménie ment, l’Arménie nie, l’Arménie purifie... (3)
Asala et PKK : Saddam Hussein recrute
Arménie - PKK
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