| Les Turcs meskhets rêvent d’un retour en Géorgie |
Pour réagir à cet article, cliquez ici
|
21 novembre 2004
|
Nouraddine Tsatsiev avait tout juste 12 ans lorsque l’Armée Rouge a fait monter sa famille et les 80.000 autres Turcs meskhets du sud de la Géorgie dans des wagons à bestiaux à la fin deuxième Guerre mondiale pour être dispersés en URSS.
Ce que les Meskhets croyaient être une réinstallation temporaire organisée par Staline et le chef de sa police secrète Lavrenti Beria, s’est avéré être un exil de plusieurs décennies.
"Nous voulons renter, nous voulons vivre dans nos villages", explique M. Tsatsiev, un des chefs des 30.000 Meskhets vivant en Azerbaïdjan.
L’errance de ce peuple a commencé il y a 60 ans, lorsque les autorités soviétiques ont en trois jours vidée la Géorgie de ses musulmans, les embarquant à destination de l’Asie centrale dans des trains de marchandises.
Contrairement à d’autres peuples du Caucase déportés, les Turcs meskhets n’ont pu retourner chez eux après la mort de Staline et l’URSS et la Russie n’ont quant à elles jamais reconnu son tort.
La volonté de ce peuple n’a pas pour autant diminué. Les familles gardent vivant le souvenir de leurs villages et transmettent la mémoire de leur peuple aux enfants.
"Nous y retournerons lorsque la Géorgie passera une loi définissant clairement nos droits là-bas", explique M.Tsatsiev plein d’espoir.
Aucun progrès n’a été fait sur la question malgré les promesses formulées par la Géorgie lors de son adhésion au Conseil de l’Europe en 1999.
Le manque d’empressement de Tbilissi à résoudre ce problème s’explique par la ferme opposition des chrétiens orthodoxes géorgiens et arméniens qui peuplent désormais cette région de Samtskhé-Javakhetia (sud).
"S’ils veulent vivre ici, qu’ils se convertissent au christianisme et qu’ils apprennent le géorgien", dit fermement Jujina Gogolaouri, une commerçante de 48 ans de Atsgour, le village dont est originaire M.Tsatsiev.
Niché dans les montagnes du Caucase et dominé par une forteresse médiévale en ruine, Atsgour a été repeuplé de Géorgiens après le départ forcé des Meskhets.
"Je ne veux pas que ma fille aille à l’école avec un Turc", déclare furieux Charko Moumladzé, un autre villageois.
"D’abord ils construiront une mosquée, puis une école turque, avant de déclarer l’autonomie", dit-il pour expliquer son opposition au retour de la diaspora meskhète.
Les autorités locales ne sont guère plus enthousiastes.
"Rien que physiquement, ce n’est pas possible, il n’y a pas de place pour eux", explique le gouverneur adjoint de la région de Samtskhé-Javakhetia.
Et puis, "si j’allais dans les villages pour essayer de convaincre les habitants de vivre avec des Turcs, ils me lapideraient", conclut-il.
Il faut dire que la population de la région a triplé depuis 1945, passant à 250.000 habitants, et les Turcs meskhets éparpillés en ex-URSS sont désormais
Malgré tout, Nouraddine Tsatsiev reste optimiste. Il est convaincu qu’un jour un accord sera trouvé soulignant que 86 des 300 villages meskhets avaient été complètement détruits et que son peuple pourrait les reconstruire.
Et dans les autres, "on s’entendra avec la population actuelle, les anciens savent que nous sommes un peuple bien", affirme M. Tsatsiev.
Seule une douzaine de familles turques sont retournées en Géorgie, elles savent qu’un retour en masse ne sera pas facile.
"Dans les villes, peut-être que ce sera possible", raconte Tamara Béridzé, 21 ans, dont la famille a pu revenir dans les années 1980 à Mougareti, un autre village de la région.
"Mais dans les villages il y aura de la résistance", poursuit-elle. "Ici ils ont menacé de brûler notre maison lorsque nous sommes arrivés".
"Je suis venu porteur d’un rameau d’olivier et d’un fusil de révolutionnaire". Muhammed Abdulrauf Arafat el Kudva el Hüseyni.
|