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Le cas Del Valle (1)
               Pour réagir à cet article, cliquez ici 1er décembre 2004    

par Fatiha Kaoues

ARABESQUE.org - Figure quasi inconnue du grand public il y a quelques mois encore, Alexandre Del Valle est apparu au lendemain du 11 septembre sur nos écrans de télévisions, multipliant les interventions en particulier sur la chaîne LCI. Quelle est au juste sa spécialisation ? Nul ne le sait avec exactitude, l’homme se présentant tour à tour comme un spécialiste des questions de l’islam... et du terrorisme, géopoliticien, ou encore analyste des violences urbaines. Qui est Del Valle alors ? L’ homme caméléon aux multiples facettes multiplie les identités avec la même aisance qu’il change de noms d’emprunt.

Del Valle, de son vrai nom Marc d’Anna a donc pris d’assaut les télévisions au lendemain des attentats survenus aux Etats-Unis pour faire la promotion de ses ouvrages : « Islamisme et Etats-Unis. Une alliance contre l’Europe » (1998) et « guerres contre l’Europe » (2001). Il y défend des opinions qui lui valent d’être fort bien considéré dans les milieux de l’extrême droite sioniste, au point d’être souvent invité à donner des conférences pour le Likoud en France.

Ses thèses extrêmement simples, et même simplistes peuvent êtres ainsi résumées : pour lui, l’islam constitue le plus grand danger pour l’Europe. Et de fustiger l’alliance « dangereuse » entre les USA et les Etats musulmans. Car la religion islamique contient selon lui un potentiel de violence qui serait consubstantiel à sa nature propre, mettant en danger l’Europe dans ses valeurs et dans ses institutions. Ainsi, Del Valle vitupère contre ces analystes qui, de Bruno Etienne à François Burgat prétendent voir dans les mouvements islamistes l’expression d’un extrémisme qui est le fait d’une minorité de Musulmans. Les stigmatisant d’ « idéalistes » voire de nette propension à l’ « angélisme », Del Valle balaie tous les arguments et les craintes que des Kepel ou des Etienne manifestent de voir consacrer l’amalgame entre Musulmans et intégristes. Pour Del Valle, en effet cette différenciation ne se justifie aucunement .

La proximité de ses vues avec les thèmes traditionnellement défendus par l’extrême droite ne manque pas de frapper l’esprit du lecteur, le catastrophisme omniprésent, l’idée d’un complot ourdi par une minorité agissante avec la complicité des gouvernants, la crainte d’une Cinquième colonne que constituerait l’immigration musulmane, et jusqu’aux termes employés : la « submersion », l’« invasion immigrée », la « guerre civile » dont on annonce l’imminence, le « péril vert », enfin. Trop de similitudes décidément !

Ainsi, le peu de rigueur dont il fait montre dans ses études, et son obsession du complot lui ont valu le refus d’éditeurs comme Gérard Chaliand de la Fondation nationale des sciences politiques auquel il soumettait ses ouvrages. Hervé Coutau-Bégarie acceptera finalement de l’éditer mais au prix de très nombreuses coupes.

Del Valle qui se fend d’une critique acerbe de la plupart des islamologues est-il lui-même spécialiste en sciences islamiques ? C’est ce qu’il prétendit lors d’une Conférence tenue le 21 novembre 2001 où il affirma avoir été l’élève de Gilles Kepel. Ce dernier oppose un démentit formel à ces allégations dans son dernier ouvrage (1) : « En direct par téléphone, l’un de ces spécialistes auto-proclamés du terrorisme, de l’intégrisme ou du benladenisme, s’est précipité pour placer à chaud son boniment. Je ne sais plus lequel, on ne voit pas son visage, est-ce le gros, le petit maigrichon, ou le grand émacié, qui raconte partout qu’il a été mon étudiant alors que je ne l’ai jamais vu, et qui distille à l’antenne une idéologie d’extrême-droite, sous couvert d’un savoir de seconde main ? Est-ce le "président de l’observatoire international du terrorisme" ou "le consultant mondial sur l’intégrisme", ou un autre de la même farine, avec leurs titres de pacotille qui font impression sur les journalistes gogo ? Celui-là n’a vraiment rien à dire. »

Toute honte bue, Del Valle n’hésite donc pas à fabuler sur ses qualifications afin de parer ses thèses d’une légitimité pseudo-savante. Del Valle a fait ses études supérieures à l’Université d’Aix-en-Provence où il fut l’élève du professeur Martel. Ce dernier a longtemps refusé de lui accorder le label de l’université ; il le décrit aujourd’hui comme un élève fort perturbé et militant d’extrême droite, marqué par l’exemple de son père, un néo-fasciste italien. Après les attentats du 11 septembre, Del Valle a accordé une interview au Figaro dans laquelle il confie que le professeur Bruno Etienne aurait développé des liens avec la mouvance islamiste en France. Menacé d’un procès, Del Valle a du présenter de piètres excuses en expliquant qu’il avait été abusé par un ancien camarade de faculté.

Sainte alliance contre un ennemi imaginaire :

Aux critiques exprimées à son encontre, Del valle crie à la diabolisation de ses thèses et nie toute proximité idéologique avec l’extrême droite. Pourtant, à la lecture des conclusions d’une enquête (2) réalisée à son sujet par René Monzat pour Ras l’Front, on reste pantois. Son parcours est édifiant, qu’on en juge :

L’enquête de Monzat concernant Del Valle révèle les liens entre l’écrivain et des mouvements de droite extrême aux intérêts souvent contradictoires.

Ainsi, les ouvrages de Del Valle sont largement vantés dans le site SOS Racaille, lequel a fait l’objet de nombreuses plaintes pour incitation à la haine raciale par des mouvements anti-racistes. Ce site est piloté par les nervis du Bétar, un mouvement sioniste paramilitaire d’extrême droite interdit en Israël.

Dans le même temps, Alexandre Del Valle a été l’un des formateurs du mouvement extrémiste antisémite du GUD , qui dans sa revue Jusqu’à Nouvel Ordre, remercie Del Valle de ses bons et loyaux services de formateur :

« Toute notre sympathie va vers ceux qui, loin de tout parti pris politique, cherchent sincèrement à permettre aux nationalistes de tout bord de se former », « Deux intervenants, invités fréquemment, méritent une attention particulière. D’abord Alexandre Del Valle, brillant auteur (..) qui dénonce sans concession l’islamophilie ; D’autre part Guillaume Faye » Guillaume Faye, souvent cité avec Del Valle est un idéologue d’extrême droite, raciste notoire et qui a fait l’objet d’une condamnation pour incitation à la haine raciale.

Del Valle prétend dénoncer le courant lefebvriste. En réalité, il a participé aux écoles de formation de ce mouvement en 2001.Les lefebvristes sont connus pour produire une abondante littérature antisémite et raciste.

La revue mégrétiste Relève Politique dresse de lui un panégyrique dans son premier numéro. Il est vrai que Del Valle a assuré des modules de formation du mouvement mégrétiste Jeunesse Action Chrétienté. Sans doute leur sont-ils reconnaissants pour cela !

Del Valle prétend "exécrer" la Nouvelle droite : Or, il participe depuis trois ans à la rédaction de la revue Muninn qui accorde de larges encarts publicitaires à des mouvements comme « Atelier La Mélusine », « Réfléchir et Agir », « Antaios », « The Scorpion », « Europa nouvelles », « Groupe Druidique des Gaules » ou « Vouloir », des organisations qui font partie précisément de la mouvance néo-païennes et/ ou de la Nouvelle Droite.

« Je n’ai jamais collaboré à l’organisation néo-droitière Nouvelle Droite Européenne, laquelle m’a piégé, une fois certes en m’invitant à prononcer une conférence dans le cadre de la revue géopolitique "Vouloir" » écrit Del Valle dans les colonnes du Figaro.

Là encore, il s’agit d’un mensonge. Del Valle évoque le mouvement des Synergies Européennes, dans son numéro 17 désigne Del Valle comme l’un de ses intervenants privilégiés. Il tiendra tribune en effet pour Synergies Européennes lors de leur université d’été qui a eu lieu en 1996. A cet évènement, Claudio Mutti, l’éditeur italien des Protocoles des sages de Sion fut aussi présent, et cela comme le rappelle Monzat, Del Valle ne pouvait prétendre le nier, puisque le même bulletin auquel il collabore en fit très régulièrement l’annonce !

D’ailleurs, le contenu de son intervention prononcée lors de l’université d’été de Synergies Européennes figure dans la numéro 10 de la revue Muninn. Le journal de Synergies Européennes annonce aussi la tenue d’un débat avec la collaboration de Del Valle et de Guillaume Faye son complice en septembre 1999, auquel participe aussi un autre de ses amis d’extrême droite membre de Grèce, le débat etait organisé par la librairie néo-nazie parisienne L’AEncre tenue par le rédacteur en chef de Réfléchir et Agir (Jean Denegre).

A lire cet étonnant parcours, on s’étonne que Del Valle ait pu participer à des mouvements aux idées apparemment contradictoires puisque des organisations juives radicales le louent autant que d’autres organisations, elles ouvertement antisémites (comme les lefebvristes). En réalité, ce paradoxe n’est qu’apparent. C’est que, s’il faut définir Del Valle en un adjectif, celui d’opportuniste lui conviendrait fort bien. En effet, sa participation à des conférences et débats organisés par la mouvance sioniste radicale, au cours desquels il a pu promouvoir ses ouvrages était subordonnée à un alignement strict de sa part aux théories sionistes.

Cette infiltration qui a pour but de banaliser un discours de droite extrême au sein du grand public présente un double avantage : d’une part, Del Valle gagne le soutien de nouveaux alliés ; d’autre part, il trouvera matière à contrer ses adversaires à peu de frais : en effet, dit-il, comment peut-on me reprocher de défendre des vues à la fois antisémites et sionistes radicales ? C’est ainsi que Del Valle a pu quitter les salles obscures des groupuscules néonazis pour rejoindre les plateaux télévisés et les colonnes des journaux « respectables » comme le Figaro. Cette tactique d’infiltration est décrite de façon fort claire par Guillaume Luyt, militant d’extrême droite et raciste notoire qui s’en explique ainsi dans ses « Réflexions libres sur Alexandre Del Valle, le sionisme et la récupération politique » sur le forum d’« agir.fr "la droite juive (..) menacée par l’islamisation de notre pays (..) a décidé un virage tactique qui consiste à s’appuyer aujourd’hui sur les forces de résistance à l’immigration invasion. D’où les liens tissés avec Del Valle. » il ajoute : « la récupération politique est affaire de point de vue. Le cas Del Valle en est l’illustration. Si d’un côté de la lorgnette, on peut, légitimement s’inquiéter de la "trahison " de l’un des siens, on peut aussi bien, se féliciter de ce qu’un écrivain et conférencier de chez nous profite des failles de la rhétorique sioniste pour sonner le réveil européen sur les plateaux télés. »

Source : http://www.arabesques.org/lien1.php ?Cdoss=1&Cart=4





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