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Traité constitutionnel : le oui des Socialistes français peut faire basculer l’Europe
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Par Yves Clarisse

BRUXELLES (Reuters, 2 décembre) - Le "oui" franc et massif des socialistes français à la Constitution européenne devrait faire basculer toute la France et la plupart des pays de l’UE, mais il en faudra plus pour convaincre les Britanniques.

Cette consultation, remportée à 59% par les partisans du traité constitutionnel adopté en juin dernier par les Vingt-Cinq, a une fois de plus démontré que, si tous les pays sont égaux en Europe, certains le sont plus que d’autres.

Une banale consultation des militants d’un parti d’opposition en France s’est transformée en enjeu crucial pour l’avenir de l’UE, bien au-delà du très hexagonal combat des chefs socialistes en vue de la présidentielle de 2007.

"La décision des militants de la plus grande force politique française aura des conséquences pour toute l’Europe", avaient déclaré avant le scrutin les chefs des 21 composantes du Parti socialiste européen (PSE) afin d’illustrer l’isolement du "non".

Pour les partisans de l’intégration européenne, un rejet de la constitution par les socialistes ou une approbation frileuse avec un écart de moins de 10 points aurait été catastrophique.

"Si cela avait été "non", le "oui" serait devenu une position de droite alors que cette constitution n’est ni de droite, ni de gauche," a estimé Françoise Grossetête, député UMP du Parlement européen, qui redoutait un débat idéologique.

Or, un échec en France aurait à coup sûr scellé le sort de la Constitution : le poids de la France, pays fondateur de l’UE, reste tel en Europe que le projet aurait été torpillé.

Mais les socialistes français se sont, comme l’espérait le ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier, montrés "fidèles à l’héritage de François Mitterrand et de Jacques Delors" en écartant le mythe d’une "crise salutaire".

SOUPIR DE SOULAGEMENT A DROITE

Les partisans du refus n’ont guère été aidés par l’actualité : le référendum interne avait lieu alors que des foules enthousiastes occupaient la rue en Ukraine, démontrant la force d’attraction de cette Union européenne tant fustigée, et alors que l’UE prenait la relève de l’Otan en Bosnie.

A Bruxelles, où leurs arguments sur le recul social que marquerait la Constitution ont été tournés en ridicule par leurs homologues socialistes des autres pays, le commissaire européen Jacques Barrot s’est réjoui de ce vote qui fait "litière des faux procès à une Constitution qui ne préjuge pas par elle-même des choix politiques, économiques et sociaux, qui relèveront de la responsabilité de l’Union et des Etats membres."

La décision du PS a été saluée comme il se doit.

"La France est ainsi le premier grand pays d’Europe à donner un signal positif en faveur de la Constitution européenne", a déclaré sur France Inter le "père" de ce texte, l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing.

"Ce vote est un important pas en avant pour la ratification de la Constitution à la fois en France et en Europe", a ajouté le chef du groupe socialiste au Parlement européen, Martin Schulz, en appellant les Etats membres à accélérer le mouvement.

Les rivaux politiques des socialistes ont aussi lâché un énorme soupir de soulagement après le résultat.

Pour Alain Lamassoure, le porte-parole des 17 députés UMP au Parlement européen, c’est "une bonne nouvelle pour la capacité de la France à épouser son siècle, le principal parti d’opposition faisant, comme l’UMP et l’UDF, le choix du cadre européen pour défendre nos valeurs et nos intérêts communs."

La majorité présidentielle compte capitaliser sur ce "oui" socialiste pour entamer le débat référendaire en France.

REFERENDUM EN FRANCE AU PRINTEMPS ?

"Nous pouvons l’aborder avec confiance", a estimé Alain Lamassoure, reflétant ainsi optimisme généralisé.

Certes, le camp du refus ne désarme pas.

Le chef du groupe des gauches européennes, le communiste français Francis Wurtz, a estimé que la consultation montrait qu’il existait une bonne base pour le "non" et la socialiste Pervenche Bérès, qui a fait campagne aux côtés de Laurent Fabius après avoir été l’une des conventionnelles les plus enthousiastes, a dit qu’il ne fallait pas compter sur elle.

"Il appartient à ceux qui ont voté ’oui’ de faire campagne pour la ratification", a-t-elle déclaré à Bruxelles.

Mais les autorités françaises veulent surfer sur cette vague positive pour organiser un débat rapide et convoquer un référendum assez rapidement — selon un responsable français de haut niveau, le printemps, par exemple le 8 mai, tient la corde.

"On n’a pas intérêt à trop faire traîner les choses", a estimé Françoise Grossetête, qui prône une accélération pour éviter toute interférence avec l’ouverture de négociations d’adhésion avec la Turquie. "Le plus tôt serait le printemps."

Le "oui" probable de la France tout entière devrait avoir un effet d’entraînement sur de très nombreux pays européens, dont la majorité sont d’ores et déjà gagnés à la Constitution.

Mais qu’en sera-t-il dans les pays les plus eurosceptiques, comme le Royaume-Uni et le Danemark, qui fermeront la marche par un référendum en 2006, ou dans ceux qui, comme les Pays-Bas, ont vu leur opinion publique devenir de plus en plus réticente ?

La décision des socialistes français a rassuré les travaillistes britanniques, qui estiment qu’il y aura un effet d’entraînement bien au-delà de la France.

"Je l’espère bien, et pas seulement pour la Grande-Bretagne, mais pour l’ensemble des pays de l’Union européenne", a ainsi déclaré à Reuters le député européen Richard Corbett.

Le ministre britannique des Affaires européennes, Denis MacShane, en est persuadé : "Avec les faits devant eux, (les Britanniques) vont voter ’oui’", a-t-il dit sur France Inter, malgré des sondages très négatifs à l’heure actuelle.

Le suspense durera jusqu’au début de 2006.


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