| Les détroits turcs menacés de paralysie par le volume croissant du trafic |
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4 décembre 2004
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Avec le passage en moyenne d’un pétrolier toutes les 10 minutes, les détroits turcs risquent l’asphyxie et diverses options pour les décongestionner devraient être à l’ordre du jour des entretiens du président russe Vladimir Poutine en Turquie, dimanche et lundi.
Depuis longtemps, les autorités d’Ankara ne cessent de tirer la sonnette d’alarme, mettant en garde contre le risque d’accidents dans les détroits de Canakkale (Dardanelles, nord-ouest) et du Bosphore, quatrième détroit le plus fréquenté au monde qui traverse Istanbul, métropole de quelque 12 millions d’habitants.
En 2003, 46.930 navires ont transité par les détroits, dont plus de 8.000 transportant une cargaison dangereuse, le plus souvent gaz liquéfié ou pétrole, selon la direction de la surveillance côtière et du sauvetage maritime (KEGKI). Le trafic atteindra quelque 53.000 navires en 2004.
Quelque 144 millions de tonnes de brut transiteront également par les détroits turcs cette année, dont la grande partie transportée par des pétroliers russes.
Dans le Bosphore surtout —sinueux détroit où il est difficile de naviguer— les navires sont confrontés à un danger permanent. Deux accidents de pétroliers avaient respectivement fait 41 et 28 morts, en 1979 et 1994.
La Russie, pays qui a le plus recours aux détroits turcs pour acheminer son pétrole vers les marchés mondiaux, avait été particulièrement irritée par une décision en 1998 de la Turquie, pour des raisons notamment écologiques, de limiter le passage de pétroliers.
Selon la Convention de Montreux de 1936, qui régit le passage des détroits —considérés comme eaux internationales—, le transit est libre à tous, sauf en temps de guerre.
Les Turcs ont pu seulement exiger que les pétroliers franchissent le Bosphore de jour, ce qui entraîne toutefois de longues files d’attente en mer Noire, et devant Istanbul.
"Il est devenu assez clair que le Bosphore ne peut pas absorber une augmentation du trafic", explique un diplomate turc. "Les conditions météorologiques obligent souvent à des délais d’une à deux semaines pour le passage des pétroliers (et) les compagnies perdent de l’argent", dit-il.
Selon un autre responsable du ministère turc des Affaires étrangères, "les Russes ont vu les réalités ces dernières années et développent de nouvelles options".
Parmi celles-ci figure notamment une proposition russe de construire un oléoduc en Thrace, reliant la mer Noire à la mer Egée, ce qui réduirait le nombre de pétroliers en provenance du port russe de Novorossiisk dans le Bosphore, précise-t-on de source informée.
La Turquie préférerait un oléoduc entre le port turc de Samsun, en mer Noire, et le terminal turc de Ceyhan sur la Méditerranée, parallèle en partie au pipeline Bakou-Tbilissi-Ceyhan, qui devrait être opérationnel en 2005 pour écouler vers les pays occidentaux le pétrole du Caucase.
Ces options devraient être discutées lors de la visite du chef du Kremlin à Ankara, la première d’un président russe depuis 32 ans.
Mais les autorités turques mettent l’accent sur l’urgence des mesures à adopter car en 2009-2010, quelque 200 millions tonnes de pétrole devront transiter par les détroits, rendant la circulation quasi-impossible.
"Il faudrait alors transporter Istanbul ailleurs ou élargir le Bosphore et pour ce faire utiliser de la dynamite", ironise un expert.
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