| Les Chypriotes grecs menacent de barrer la route de l’Europe à la Turquie |
Pour réagir à cet article, cliquez ici
|
10 décembre 2004
|
NICOSIE, (AFP) Moins de huit mois après son entrée dans l’Union européenne, Chypre menace de jouer les trouble-fêtes lors du sommet européen du 17 décembre en brandissant son veto à l’ouverture de négociations d’adhésion avec la Turquie, mais plusieurs analystes estiment cette manoeuvre risquée.
Les dirigeants européens doivent décider lors du sommet d’ouvrir ou non des négociations avec Ankara.
La République de Chypre a déjà indiqué que pour obtenir son feu vert, la Turquie devrait au moins la reconnaître officiellement, comme elle le fait pour les 24 autres pays membres.
Mais Chypre risque gros dans cette diplomatie du tout ou rien, car la Turquie refuse net d’envisager la question de la reconnaissance avant d’avoir obtenu une date pour l’ouverture des négociations d’adhésion.
"Il serait dangereux pour Chypre de mettre son veto toute seule", déclare à l’AFP l’analyste politique chypriote-grec Sofronis Sofroniou.
"La Turquie veut rejoindre l’UE, mais il y a des limites (...). Ankara ne veut pas perdre la face et l’armée ne soutient pas du tout le gouvernement" de l’islamiste modéré Recep Tayyip Erdogan, note-t-il.
Car pour Ankara, reconnaître le gouvernement chypriote-grec signifierait de facto ne plus reconnaître la République turque de Chypre nordautoproclamée), une "cause nationale" pour l’influente armée turque. La Turquie "ne bluffe pas" sur ce sujet, estime M. Sofroniou.
Contrairement à la Turquie, la communauté internationale considère que la République de Chypre est la seule entité légale sur toute l’île méditerranéenne, même si elle n’exerce sa souveraineté que sur le sud.
En outre, selon Tim Potier, professeur de droit international à l’université privée chypriote-grecque Intercollege, les autorités du Sud ont fait une erreur stratégique en demandant des concessions supplémentaires.
Parmi les gestes ainsi demandés figurent le retrait graduel des quelque 30.000 soldats turcs stationnés dans le Nord depuis l’invasion de 1974, en réaction à un coup d’Etat chypriote-grec visant à rattacher l’île à la Grèce.
La République de Chypre a beaucoup plus à gagner à se montrer "magnanime" avec Ankara, selon lui, quitte à obtenir des concessions plus tard, une fois une date fixée pour l’ouverture des négociations.
Le président chypriote Tassos Papadopoulos affirme qu’il veut éviter une "impasse", expliquant qu’"en principe" Chypre souhaite que la Turquie rejoigne le club européen, mais que le refus d’Ankara de la reconnaître constitue un obstacle.
En avril dernier, les Chypriotes grecs avaient massivement rejeté un plan de paix présenté par l’Onu et soumis à référendum, tandis que les Chypriotes turcs avaient voté en sa faveur.
Ankara, qui avait appelé à voter "oui", fait valoir que les Chypriotes grecs sont responsables de la persistance de la division, qui a eu pour conséquence l’entrée des seuls Chypriotes grecs dans l’UE le 1er mai.
La Grèce, alliée des Chypriotes grecs et tout à la fois rivale historique de la Turquie et sa partenaire au sein de l’Otan, soutient son adhésion mais considère que la reconnaissance par Ankara de la République de Chypre constitue une condition préalable.
En visite le mois dernier dans l’île, le Premier ministre grec Costas Caramanlis a apparemment demandé au président Papadopoulos, qui avait scellé le résultat du référendum d’avril en appelant ses concitoyens à voter "non", de faire preuve de souplesse cette fois-ci, selon M. Sofroniou.
Le président chypriote, qui reste "imprévisible", pourrait répugner à se mettre une nouvelle fois à dos la Grèce et le reste de ses partenaires européens en torpillant l’accession de la Turquie à l’UE, explique-t-il.
Toutefois, M. Papadopoulos pourrait être conforté par son opinion publique : 60% des Chypriotes grecs se prononcent en faveur d’un veto, selon un récent sondage.
|