| Les extra-terrestres turcs luttent contre la suprématie de Hollywood |
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10 décembre 2004
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ISTANBUL, (AFP) Un modeste habitant de la planète enlevé par des extra-terrestres résolus à réduire l’humanité en esclavage. Le scénario semble tout droit sorti des studios hollywoodiens. "G.O.R.A." est pourtant un film turc, qui a battu les records d’entrées dans son pays avant d’envahir l’Europe.
Sorti le 12 novembre en Turquie, "G.O.R.A." a déjà totalisé près de 3,5 millions de spectateurs et battu, selon Birol Topbaba, responsable de sa distribution, le record absolu du box-office turc.
Les extra-terrestres anatoliens ne comptent pas en rester là : 130 salles dans toute l’Europe programment ou s’apprêtent à présenter leurs exploits.
Le succès européen de "G.O.R.A." est confirmé par les gérants de cinéma.
"Avec 527 entrées en cinq jours, le film turc a dépassé les dernières réalisations d’Etienne Chatilliez et de Claude Chabrol", explique-t-on au Colisée de Colmar.
"+G.O.R.A.+ suscite à peu près autant d’intérêt que les deux grosses productions américaines que nous diffusons en ce moment", affirme pour sa part une employée du Kinepolis de Bruxelles.
Ce succès doit cependant plus à l’engouement des communautés immigrées turques qu’à un réel intérêt du public européen.
"Nous avons réalisé 325.000 entrées en deux semaines à l’étranger, c’est un bon résultat, mais c’est vrai qu’en dehors des Pays-Bas, les locaux ne viennent pas voir le film", admet M. Topbaba. "En France (10 salles) par exemple, le public est à 95% d’origine turque".
Il est vrai que l’humour de cette parodie du cinéma de science fiction hollywoodien peut être difficile d’accès à un public non turc.
Le langage coloré d’Arif, un vendeur de tapis roublard et naïf - incarné par Cem Yilmaz, le comique le plus populaire de Turquie - qui va sauver la planète de l’asservissement avant de convoler avec une somptueuse princesse extra-terrestre, franchit difficilement la barrière des sous-titres.
"C’est le problème des comédies : leurs gags sont basés sur des dialogues et des références culturelles propres à leur pays d’origine. Si des spectateurs étrangers considèrent +G.O.R.A.+ comme un mauvais film, les Turcs peuvent en dire autant d’une production comme +Austin Powers+", commente Necat Ulusay, qui anime une émission pour cinéphiles sur la télévision publique turque.
Pour ce critique, qui avoue ne pas apprécier son humour potache, émaillé d’innombrables références sexuelles, "G.O.R.A." n’en est pas moins "une réponse nationale intéressante à l’emprise mondiale du cinéma hollywoodien, avec les propres armes de celui-ci".
Tourné dans les studios d’Antalya (sud) avec un budget d’environ cinq millions de dollars, cette "superproduction" turque multiplie les effets spéciaux et images de synthèse en vogue outre-Atlantique.
"J’ai été très étonné par le niveau technologique atteint par ce film", concède Ruken Ozturk, professeur de cinéma à l’université d’Ankara, qui considère "G.O.R.A." comme "un film homophobe et bourré de clichés".
Giovanni Scognamillo, auteur d’une anthologie du cinéma de science-fiction turc, à lui décidé de bouder "G.O.R.A.".
"Un film construit autour de la seule personnalité de Cem Yilmaz ne m’intéresse pas", explique-t-il.
Le cinéma turc ne manque pas d’aventures méconnues dans l’univers de la science-fiction. "L’Homme qui va sauver le monde" (1982) est devenu un film culte pour des amateurs de certaines séries B. Il s’est ainsi vu décerner le titre de "Saint-Graal nanarifique" par le site internet français spécialisé nanarland.com.
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