| L’alchimie turque : de l’or ou du plomb ? |
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11 décembre 2004
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Avec un marché intérieur peu développé, une économie souterraine avoisinant les 50% de son PIB et des particularismes surprenants, la perplexité domine.
Par Christophe Doré
Celui qui a connu les charmes d’Istanbul aux beaux jours, ce souffle chaud qui balaie la ville et les rives du Bosphore où les Stambouliotes viennent dépenser l’argent d’une économie à nouveau dynamique, s’étonnera des réticences des Européens à ouvrir leur porte à ce pays. Istanbul a des allures de Madrid à l’époque de la Movida, occidentalisée comme jamais, amoureuse de culture et de modernité, passionnée de liberté et soucieuse de faire des affaires. Bien loin des inquiétudes qu’engendre un retour hypothétique d’un islamisme radical en terre kémaliste. Mais Istanbul n’est pas la Turquie, rappellent les experts.
Le pays a affronté une grave crise économique en 1996, puis en 1999, et son système financier s’est véritablement effondré en 2001, entraînant notamment l’arrivée au pouvoir des islamistes modérés de l’AKP (le Parti de la justice et du développement).
Dans le monde des affaires, ce changement fut déterminant. En apparence, la politique économique de l’AKP n’est pas si différente. Elle a pourtant mis de côté les grandes familles d’entrepreneurs. Ces conglomérats gigantesques (Sabanci, Koç, Cukoruva, Profilo, Anadolu, etc.) tiraient jusqu’à présent l’économie du pays. Mais l’émergence de l’AKP, soutenu par une « Turquie d’en bas », s’est accompagnée de l’arrivée sur le devant de la scène des « tigres anatoliens ». Représenté par l’association des hommes d’affaires et industriels indépendants (Müsiad), ce groupe réunit 2 000 membres musulmans à la tête de 10 000 sociétés. Leurs entreprises ont su traverser la crise financière de 2001 grâce à leur petite taille facilitant la réactivité. Elles se sont tournées vers l’exportation avec succès, profitant de la qualité de leur main-d’oeuvre et de son faible coût pour gagner des parts de marché. Pendant ce temps, les grands groupes laïcs, héritiers du kémalisme et habitués à profiter de la manne de l’Etat, ont entrepris une restructuration douloureuse dont ils sortent à peine.
L’AKP, au lieu de tourner la Turquie vers le passé, a aussi poursuivi le travail entrepris dans les années 80 : quitter le protectionnisme économique d’Etat en libéralisant les échanges commerciaux, en abaissant les droits de douane et en supprimant les quotas sur les importations. Cela avait entraîné le pays à signer un accord unique avec l’Union européenne le 31 décembre 1995 et à appliquer, le 1er janvier 2001, les mêmes droits de douane que la Communauté européenne à l’égard des pays tiers. Une situation surprenante que relèvent les sénateurs UMP Robert Del Picchia et Hubert Haenel : « La Turquie applique des mesures à la décision desquelles elle ne participe pas ! »
L’adhésion, un gage de confiance
Et ce n’est pas le seul effort du pays - certains disent concession - pour montrer qu’il est prêt économiquement à jouer le jeu de l’Europe. La mission économique française à Istanbul, dirigée par Antoine Giansily, ancien adjoint au maire de Paris, proche de Jacques Chirac et lobbyiste convaincu du rapprochement de la Turquie et de l’Europe, liste toutes les réformes entreprises. De la mise en place d’un système de sécurité sociale unique à celle des normes comptables internationales, en passant par une révision des systèmes fiscal et bancaire, de l’attribution des marchés publics, de la promotion des investissements étrangers, peu de points sont négligés par la Turquie pour gagner la confiance des marchés internationaux.
Les investisseurs français, partenaires historiques, le savent. La plupart de nos grands groupes ont signé des accords avec les conglomérats turcs, soucieux de se placer sur ce marché prometteur, sous-estimé, selon beaucoup de spécialistes, en raison d’une économie souterraine très forte. 99% des entreprises sont des PME, beaucoup de simple activité familiale artisanale où l’on se soucie peu de règles comptables et de règlement des taxes.
En quinze ans, le nombre d’entreprises françaises implantées sur le territoire turc est passé de 15 à 250. Parmi elles : Michelin, L’Oréal, Axa, les Laboratoires Servier. Ces derniers réalisent sur place un chiffre d’affaires de 73 millions d’euros et s’imposent comme les leaders sur les produits de l’hypertension, du diabète ou des maladies veineuses. Carrefour, implanté en Turquie depuis onze ans, a inscrit ce marché comme prioritaire dans sa stratégie internationale. Avec 4 000 salariés, il est le plus gros employeur français en Turquie. Pour sa part, Danone a réalisé un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros en 2003 en prenant la première place pour l’eau et les produits laitiers. Quant à Renault, il enregistre des performances records dans le pays avec une hausse de 150% de ses ventes pour les neuf premiers mois de l’année. Associé à l’Oyak (fonds de pension extrêmement puissant des militaires), il est le leader automobile turc avec 16% de parts de marché sur tous les types de véhicules. Renault espère atteindre entre 650 000 et 680 000 véhicules vendus dans le pays en 2004.
Dans toutes ces entreprises, même si le discours officiel précise qu’on se garde bien de faire de la politique, le travail de lobbying bat son plein pour favoriser l’adhésion de la Turquie. Ces grands groupes français, qui placent notre pays dans le peloton de tête des partenaires économiques turcs, ont tout intérêt à ce que l’adhésion se fasse pour stabiliser la situation de cette immense nation de 70 millions de consommateurs.
« La faiblesse la plus importante de l’économie turque est l’absence d’investissements directs étrangers, rappelle le sénateur Haenel *. Les investisseurs sur le long terme sont hésitants en raison de l’instabilité des années passées, du souvenir de la surinflation mais aussi des pesanteurs de l’appareil bureaucratique, qui s’accompagne fréquemment de la persistance de la tradition du bakchich. C’est un obstacle pour le programme important de privatisations qui a besoin d’investisseurs étrangers industriels. » Pour Hubert Haenel, il ne fait pas de doute que l’ouverture des négociations d’adhésion avec l’Union européenne « ne manquerait pas de garantir une stabilité pour les investisseurs ».
Et la Turquie en a bien besoin. Car même si elle enregistre une croissance de 5% en 2004, elle est encore sous le coup d’un régime draconien imposé par le Fonds monétaire international (FMI) en raison de sa dette. Elle est le deuxième plus gros débiteur du FMI après le Brésil, avec 16 milliards de dollars. Sa dette extérieure atteint 30% de son PIB et sa dette publique globale, 80% ! Une telle situation laisse planer une menace de déstabilisation utilisable par les partisans du « oui » comme ceux du « non ». Les premiers rejoignent les arguments d’Hubert Haenel. Les seconds affirment qu’on ne peut menacer l’équilibre européen en intégrant un pays dont les finances nécessitent encore un sérieux ménage.
Forum de cet article:
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> L’alchimie turque : de l’or ou du plomb ?
15 mars 2005, par Deniz Cicek
Il est vrai que l’économie turque a encore besoin de soutenabilité et de stabilité. Mais pour ma part, en tant que modeste économiste connaissant aussi bien la turquie que l’europe, je pense que la Turquie doit surtout instaurer une comptabilité en vue de discerner toutes les activitées(surtout écon.souteraine ) car cela augmenterait la possibilité des actions gouvernementales et le potentiel économique du pays qui est prometteur d’une part et inquiétant d’autre part par le manque de contrôle des activités.
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