| Turquie : l’inflation et la croissance au vert, la dette publique dans le rouge |
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13 décembre 2004
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ISTANBUL, (AFP) La Turquie a maîtrisé son inflation et connaît une forte croissance, mais les experts soulignent qu’il lui faudra encore, si l’UE décide le 17 décembre d’entamer avec elle les négociations d’adhésion, réduire une dette publique colossale et réformer en profondeur son administration.
Le pays revient de loin. Confronté en 2001 à la pire crise financière de son histoire, qui a entraîné une contraction de 7,5% de son PIB, fait flamber l’inflation et mis des centaines de milliers de salariés à la rue, il lui a fallu passer par des mesures drastiques pour échapper à la faillite.
L’Etat turc a paré au plus pressé en recapitalisant et en assainissant un système bancaire au bord de l’effondrement, augmentant ainsi dramatiquement la dette publique, passée de 50% à 100% du PIB.
Le Fonds monétaire international (FMI) volant à son secours avec l’octroi d’un crédit de 16 milliards de dollars, Ankara a pu ensuite se concentrer sur la maîtrise de l’inflation, décrétée priorité nationale.
La Banque centrale turque, nouvellement indépendante, a relevé les taux d’intérêt et mené une politique monétaire ferme tandis que le gouvernement limitait ses dépenses. Résultat : l’inflation est retombée en 2004 sous la barre des 12% et le gouvernement prévoit de la stabiliser à 4% d’ici 2007.
Non contente de résister à ce remède de cheval, l’économie turque a connu une croissance inespérée qui devait culminer à 10% fin 2004.
"C’est une vraie bombe économique", estime Seyfettin Gursel, directeur du département d’économie de l’université de Galatasaray. "En plus, ce boom est basé sur l’investissement privé, qui a augmenté de 60% au premier trimestre 2004, sur la reprise de la consommation de biens durables et l’essor des exportations."
Les entrepreneurs et les consommateurs ont retrouvé la confiance, mais il en faudra plus pour satisfaire l’Union européenne.
Au menu du gouvernement turc, l’achèvement de la réforme du système bancaire -où l’immixion des groupes industriels et médiatiques est pratique courante- et la privatisation, maintes fois ajournée, d’entreprises publiques devraient être effectués courant 2005.
L’administration turque, "kafkaïenne" selon certains analystes, doit en outre être mise aux normes européennes - l’UE a débloqué trois millions d’euros pour parrainer des projets de jumelage entre les administrations turques et celles des pays membres du club européen.
Première visée, la sécurité sociale, dont les trois régimes d’assurance, tous en faillite, obligent l’Etat à ponctionner annuellement 15% de son propre budget pour combler les trous. La fusion de ces régimes précèdera une baisse des prestations et une augmentation des cotisations.
Le Trésor, qui compense une forte évasion fiscale en écrasant les bons payeurs sous les impôts, devra lui aussi être réformé pour permettre à la Turquie d’attirer enfin les investisseurs étrangers.
Car le pays aura besoin d’argent frais pour pallier les déficiences d’un Etat criblé de dettes à faibles échéances, évaluées à 220 milliards de dollars en chiffres bruts au mois d’octobre, soit 80% du PIB.
Le gouvernement turc, contraint par le FMI de réserver au service de la dette publique un surplus budgétaire primaire de 6,5%, est en effet dans l’incapacité de mener des investissements.
"C’est un effort surhumain, sans équivalent dans le monde. A titre de comparaison, le Brésil dégage difficilement 5% de surplus et l’Argentine 3%", explique un analyste financier européen sous le couvert de l’anonymat.
Pour Seyfettin Gursel, les trois prochaines années seront cruciales : "En 2007, la dette sera ramenée à 60% (...), sa maturité sera prolongée et l’Etat pourra se contenter de dégager des surplus de 3%. Nous ne sommes pas sortis du tunnel mais nous voyons la lumière au bout."
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