| La Turquie, un marché potentiel pour les investisseurs européens |
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13 décembre 2004
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ISTANBUL, (AFP) Malgré l’entrée en vigueur d’un accord d’union douanière en 1996, les obstacles rencontrés par les entreprises européennes demeurent nombreux sur le marché turc, pourtant susceptible d’être une importante base de réexportation pour les investisseurs européens, estiment les experts.
Le gouvernement turc a bien fait voter en 2003 une loi favorisant les investissements directs étrangers (IDE), mais les sommes attirées sur son territoire restent dérisoires. Elles devraient s’élever, selon les prévisions officielles, à 2,9 milliards de dollars en 2004, puis à 15 milliards de dollars étalés entre 2005 et 2007.
"Les IDE en Turquie représentent selon les années entre 0,1% et 0,5% du PNB. C’est ridicule. Dans des pays d’Europe de l’Est comme la Hongrie, ils s’élèvent à 5 ou 10% du PNB", estime un analyste financier sous couvert de l’anonymat.
Pour cet observateur, le climat d’incertitude pesant jusqu’à présent sur les marchés turcs et un système fiscal rébarbatif ont eu raison des investisseurs. Et surtout, l’administration continue, malgré l’union douanière, de faire de la résistance passive face à l’entrée de produits et de capitaux étrangers.
"Les pays de l’UE ne feront pas de cadeau à la Turquie tant qu’elle n’appliquera pas à 100% l’accord d’union douanière, et pour l’heure on est très loin du compte", explique-t-il, donnant pour exemple tel distributeur dont les fromages sont restés en douane pendant quinze jours ou tel exportateur de moutarde dont les produits, agréés dans toute l’Europe, ont été refusés par les institutions sanitaires turques.
Raphael Esposito, de la chambre de commerce franco-turque d’Istanbul, est lui aussi le témoin au quotidien des dysfonctionnements de l’administration turque.
"Les lourdeurs de l’administration, la non-reconnaissance des certificats, la pratique persistante du pot-de-vin, le risque de contrefaçon et la présence du crime organisé sont autant de raisons qui découragent les investisseurs étrangers", énumère-t-il.
"Quand vous avez un litige, même simple, vous êtes partis pour quatre ou cinq ans de procès. (...) Si votre document n’est pas bien tamponné par la douane française, il ne sortira jamais de la douane turque", poursuit M. Esposito.
La Turquie pourrait pourtant, selon Jean-Antoine Giansily, directeur de la mission économique française à Istanbul, offrir d’importants débouchés aux entreprises et aux capitaux européens.
"Les Turcs supplient les étrangers d’investir chez eux de façon à suppléer aux carences de l’Etat. (...) Toute la filière agroalimentaire est à faire, c’est un potentiel de développement très important, à ne pas rater", estime-t-il.
Citant également en exemple de marchés potentiels la chimie, la plasturgie ou les réseaux d’assainissement, M. Giansily rappelle que la Turquie est déjà un partenaire de premier choix pour l’UE dans des domaines comme le textile-habillement.
"La Turquie est déjà très intégrée au système européen. (...) Toutes les entreprises françaises sont représentées en Turquie et on produit aussi facilement pour la Redoute quand on est à Izmir ou à Romans", affirme-t-il.
La Turquie, deuxième fournisseur de l’UE dans ce secteur derrière la Chine, exporte aussi ces articles de confection dans les pays environnants - les échanges informels entre les ateliers turcs et la Russie s’élevaient ainsi à 4 milliards de dollars en 20O4.
Les producteurs d’électroménager, dont certains figurent parmi les leaders européens -les sociétés turques détiennent par exemple 35% du marché européen des téléviseurs couleur- ne sont pas en reste, avec des implantations dans toute l’ancienne Union soviétique et au Proche Orient.
Une telle position a de quoi susciter l’intérêt des investisseurs, selon Raphaël Esposito : "L’économie turque a largement essaimé dans les Balkans et la mer Noire. La Turquie peut aussi constituer une excellente plate-forme de réexportation vers le Proche et le Moyen Orient".
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