| Les Irakiens expatriés votent en Turquie, inquiets du sort de Kirkouk |
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28 janvier 2005
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(AFP) ISTANBUL - Les Irakiens vivant en Turquie ont commencé vendredi à voter pour les élections législatives et provinciales dans leur pays, la plupart des Turkmènes inquiets des ambitions affichées par les Kurdes de s’emparer de Kirkouk, dans le nord de l’Irak, et de ses richesses pétrolières.
"On est très contents de voter aujourd’hui, c’est important pour que Kirkouk soit de nouveau à nous et ne tombe pas aux mains des Kurdes", expliquait Hassan Faliyeh, 72 ans, un Turkmène originaire de cette ville, venu déposer son bulletin dans l’un des deux bureaux de vote ouverts à Istanbul.
Emigré sept ans plus tôt en Turquie "à cause de Saddam Hussein, Dieu maudisse ce salopard", le vieillard a peu d’espoir de revenir un jour dans sa ville, du moins "tant que les Kurdes occuperont notre pays".
Environ 4.000 Irakiens, soit beaucoup moins que les 30.000 prévus, se sont inscrits pour voter en Turquie, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui encadre le vote des expatriés dans 14 pays.
La plupart des Irakiens installés en Turquie, pays voisin de l’Irak, sont des Turcomans, ou Turkmènes, minorité turcophone dont Ankara entend défendre les intérêts et troisième groupe ethnique en Irak après les Arabes et les Kurdes. Ils affirment représenter 13% des 26 millions d’Irakiens, mais n’étaient que 2% selon le dernier recensement de 1977.
Dans le bureau de vote installé dans une école d’Ankara, des électeurs votaient sous sécurité renforcée, et exprimaient leurs inquiétudes sur le sort de Kirkouk.
"Kirkouk est notre âme et notre sang. Elle nous est indispensable", expliquait Cemal Bayatli, ingénieur natif de cette ville qui vit en Turquie depuis 32 ans. "Je suis venu voter pour prouver l’importance de la communauté turcomane en Irak".
"Je ne pense pas que les élections vont apporter la stabilité en Irak, mais je suis ici pour protéger l’existence et les droits des Turkmènes", ajoutait Tahsin Saatci, 63 ans, immigré en Turquie dans les années 60.
"Kirkouk est une ville turkmène depuis 300 ans. Comment est-ce possible que les Turkmènes soient désormais une minorité ? C’est impossible", affirmait-il.
Les Kurdes comme les Turcomans revendiquent le contrôle de Kirkouk, et affirment avoir été majoritaires dans cette ville dans les années 50, avant son arabisation forcée menée par le régime de Saddam Hussein.
Les rivalités entre les communautés arabe, kurde et turkmène sont apparues au grand jour depuis la chute de Saddam Hussein en avril 2003 et la revendication de Kirkouk par les Kurdes, désireux d’en faire la capitale de la région autonome ou de l’Etat indépendant qu’ils veulent établir dans le nord.
Dans cette querelle, la Turquie a pris fait et cause pour les Turcomans, craignant qu’une trop grande autonomie kurde en Irak ne réveille les aspirations séparatistes de sa propre minorité kurde, installée dans le sud-est anatolien.
Tulin Ketene Yagmuroglu s’est portée volontaire pour être scrutatrice dans l’un des bureaux d’Istanbul. Ancienne fonctionnaire originaire de Kirkouk, elle reconnaît elle aussi que l’un des principaux enjeux de l’élection pour les expatriés en Turquie est de "faire entendre la voix des Turkmènes, à cause de ce qui se passe à Kirkouk".
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